
L’intelligence artificielle générative transforme progressivement les pratiques d’enseignement, de formation, d’évaluation et d’organisation du travail. Elle suscite à la fois de l’intérêt, des interrogations et parfois des inquiétudes légitimes chez les professionnels de l’éducation.
Au cours de mes expériences à Nantes Université et au CFA iA de Nantes, j’ai accompagné des enseignants, des formateurs et des personnels administratifs dans la compréhension et l’appropriation de ces nouveaux outils.
Mon rôle ne consistait pas uniquement à présenter le fonctionnement technique d’une intelligence artificielle générative.
Mon objectif était surtout d’aider les professionnels à comprendre les changements en cours, à identifier les usages réellement pertinents dans leur métier et à conserver une posture critique face aux réponses produites par les outils.
J’ai ainsi conçu et animé des formations, des webinaires et des temps d’échange, créé des guides et des ressources numériques, développé un parcours d’initiation sur Moodle et participé à plusieurs expérimentations institutionnelles.
Mon cadre d’intervention
J’ai construit mes actions de formation et d’accompagnement autour de quatre principes essentiels :
L’intelligence artificielle doit rester un outil au service des personnes et des objectifs pédagogiques. Elle peut accompagner la préparation d’un cours, la création d’une activité, l’analyse d’informations ou certaines tâches administratives, mais elle ne remplace ni l’expertise professionnelle ni la relation humaine.
Dans le domaine de l’éducation, l’enseignant ou le formateur demeure responsable de ses choix pédagogiques, de la qualité des contenus proposés et de l’accompagnement des apprenants.
L’intégration de l’intelligence artificielle implique une réflexion collective sur les conditions d’utilisation des outils, la protection des données, la sécurité, l’accessibilité et leur impact environnemental.
Cette responsabilité concerne l’ensemble de l’organisation : enseignants, formateurs, équipes pédagogiques, directions, personnels administratifs et services technologiques.
L’utilisation d’une intelligence artificielle doit pouvoir être expliquée et assumée. Il est important de préciser dans quels contextes elle a été mobilisée, de vérifier les contenus qu’elle produit et d’identifier ses limites.
J’accorde une attention particulière aux questions d’éthique, de confidentialité, de propriété intellectuelle, de biais, de fiabilité des réponses et d’intégrité académique.
Les modèles et les outils d’intelligence artificielle évoluent très rapidement. Il est donc nécessaire d’organiser une veille régulière, mais également de favoriser le partage des expériences entre professionnels.
Les retours de terrain permettent de distinguer les effets d’annonce des usages réellement utiles et de faire évoluer progressivement les pratiques de formation.

De la sensibilisation à l’accompagnement des transformations pédagogiques et organisationnelles
À la Faculté de droit et des sciences politiques de Nantes Université, une partie importante de mon activité d’ingénieur pédagogique numérique a été consacrée aux conséquences de l’essor des intelligences artificielles génératives dans l’enseignement supérieur.
J’ai accompagné les enseignants et les équipes dans la découverte des outils, mais surtout dans l’analyse des transformations pédagogiques provoquées par leur utilisation croissante par les étudiants et les personnels.

Cette problématique est particulièrement complexe dans l’enseignement supérieur, notamment pour les cours en amphithéâtre et les groupes comptant plusieurs centaines d’étudiants.
Les solutions proposées doivent rester réalistes, applicables à grande échelle et compatibles avec les contraintes des enseignants.
J’ai donc travaillé avec les équipes sur plusieurs pistes :
– faire évoluer les consignes et les critères d’évaluation;
– privilégier les activités qui rendent visibles le raisonnement et la démarche de l’étudiant;
– diversifier les traces d’apprentissage;
– renforcer les évaluations formatives;
– intégrer davantage d’interactions pendant les cours;
– demander aux étudiants d’expliquer, de justifier ou de critiquer une production;
– encadrer explicitement les usages autorisés ou interdits de l’IA;
– envisager l’intelligence artificielle comme un objet d’analyse et non uniquement comme un moyen de contourner l’évaluation.
Mon objectif était de dépasser une approche uniquement fondée sur la détection ou l’interdiction. Il s’agissait de montrer que l’intelligence artificielle peut également devenir un levier pédagogique stimulant lorsqu’elle est intégrée à une activité structurée, accompagnée et évaluée avec discernement.
Elle peut notamment permettre aux étudiants de comparer plusieurs réponses, d’identifier des erreurs, d’améliorer une argumentation, de questionner la fiabilité d’une source ou de développer leur esprit critique.
J’ai mis en place plusieurs webinaires, présentations et temps de rencontre consacrés aux usages de l’intelligence artificielle dans l’enseignement.
Ces actions avaient pour objectif de permettre aux enseignants :
– de mieux comprendre le fonctionnement général des IA génératives;
– d’identifier les principaux outils disponibles;-
– d’expérimenter certains usages pédagogiques;
– d’échanger sur leurs pratiques et leurs interrogations;
– de réfléchir collectivement aux évolutions de l’enseignement et de l’évaluation;
– de développer une utilisation responsable et critique de ces technologies.
Ces rencontres constituaient également des espaces de dialogue. Les enseignants pouvaient confronter leurs expériences, exprimer leurs inquiétudes et examiner les réponses pédagogiques envisageables.

Afin de proposer un accompagnement accessible dans la durée, j’ai créé un espace de formation sur Moodle consacré à l’intelligence artificielle générative.
Ce parcours permettait aux enseignants de progresser à leur rythme et de retrouver dans un même environnement :
– des éléments de compréhension sur le fonctionnement des IA génératives
– une présentation des principaux outils et de leurs caractéristiques
– des exemples d’usages pédagogiques
– des conseils pour formuler des instructions efficaces
– des points de vigilance concernant les données et la confidentialité
– des ressources sur l’éthique et l’intégrité académique
– des pistes de réflexion sur l’évolution des évaluations
– des exemples d’activités mobilisant l’IA de manière encadrée.
Ce cours Moodle complétait les accompagnements synchrones. Il permettait aux enseignants de revenir sur les contenus après les webinaires, d’approfondir certains sujets et de disposer de ressources directement mobilisables dans leur pratique.
J’ai travaillé avec la direction du décanat de la Faculté de droit et avec le personnel administratif sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour faciliter la production de comptes rendus de réunion.
Le besoin consistait à transformer les échanges d’une réunion pouvant durer près de deux heures en un document fiable, structuré selon une trame définie et exploitable par les équipes.
Plusieurs contraintes devaient être prises en compte :
– la durée des réunions
l- e nombre de participants
– l’alternance entre réunions en présence, à distance ou hybrides
– la qualité de l’enregistrement sonore
– la distinction entre les différents intervenants
– la sécurité et la confidentialité des informations
– la recherche d’outils simples à utiliser
– la priorité donnée, lorsque cela était possible, à des solutions souveraines et sécurisées
– la nécessité de vérifier et de corriger les productions générées.
J’ai participé à l’étude et à l’expérimentation de plusieurs outils capables de produire une transcription, puis de transformer celle-ci en compte rendu structuré.
Le processus ne se limitait pas à demander automatiquement un résumé. Il fallait définir une méthode, préparer une trame, formuler des instructions adaptées, contrôler les informations produites et maintenir une validation humaine systématique.
J’ai également accompagné le personnel dans la prise en main de ces outils et à l’utilisation de l’ensemble du processus d’IA pour obtenir le livrable souhaité.
La qualité des comptes rendus s’est améliorée au fil des expérimentations, grâce à l’évolution des modèles utilisés, mais également grâce à l’affinement de nos méthodes et de nos consignes.
L’évolution très rapide des modèles et des outils d’IA nécessite une actualisation régulière des connaissances et des recommandations.
J’ai donc organisé une veille portant notamment sur :
– les nouveaux outils d’intelligence artificielle pour l’enseignant et les usages pédagogiques émergents
– les fonctionnalités proposées aux enseignants
– les pratiques observées dans les établissements d’enseignement
– les publications et recommandations institutionnelles
– les enjeux liés à l’évaluation
la protection des données
l’intégrité académique
À partir de cette veille, j’ai constitué un recueil structuré d’informations et de ressources destiné aux enseignants. Ce travail est disponible sur la plateforme pédagogique de l’institution, destiné aux équipes enseignantes.
Mon travail consistait à sélectionner les contenus les plus pertinents, à les synthétiser et à les rendre accessibles à des professionnels ne disposant pas toujours du temps nécessaire pour suivre quotidiennement les évolutions de l’IA.
Cette démarche permettait de transformer une veille technologique abondante en informations utiles pour la prise de décision et l’évolution des pratiques.
En décembre 2025, j’ai participé la mise en place d’un séminaire internationale sur la liberté d’expression. Cet evènement devait intégrer un outil de traduction automatique gérée par IA et développé par Nantes Université. 
L’objectif était de permettre aux participants de suivre plus facilement les interventions dans un contexte multilingue. J’ai contribué à la préparation et à la mise en œuvre de la solution pendant l’événement, en lien avec les équipes pédagogiques et techniques.
Cette expérimentation a permis de rendre les échanges plus accessibles et de faciliter la participation à une rencontre réunissant des intervenants internationaux. 
À la suite de cette première utilisation, la faculté a prévu de réutiliser cette solution pour d’autres événements de même nature.

Au CFA iA de Nantes, où j’occupais les fonctions de chef de projet de la plateforme pédagogique Moodle, j’ai commencé à intégrer l’intelligence artificielle générative dans mes actions de formation auprès des formateurs.
Le niveau de connaissance et d’appropriation des outils était alors très variable. Mon premier objectif était donc de proposer une initiation accessible, progressive et directement liée aux situations professionnelles rencontrées dans un centre de formation d’apprentis.

J’ai conçu et animé des présentations permettant aux formateurs de comprendre :
– ce qu’est une intelligence artificielle générative
– la manière générale dont elle produit ses réponses
– les principaux outils disponibles
– les bases de la formulation d’une demande (les prompts)
– les usages envisageables pour préparer une formation
– les précautions à prendre avant d’utiliser ou de diffuser un contenu généré
Les démonstrations s’appuyaient sur des situations concrètes :
rechercher des idées d’activités, reformuler une consigne, adapter un texte à un niveau de compréhension, créer une première trame de cours ou proposer des questions d’entraînement.
Je rappelais systématiquement que les productions de l’IA devaient être vérifiées, adaptées au contexte de formation et validées par le professionnel.
Au-delà de l’utilisation des outils, j’ai sensibilisé les équipes aux transformations provoquées par l’intelligence artificielle dans le domaine de la formation.
Les échanges portaient notamment sur :
– l’évolution des compétences attendues
– les nouvelles pratiques des apprenants
– les risques liés aux informations erronées
– la protection des données personnelles
– les biais des modèles
– les questions de propriété intellectuelle
– les effets possibles sur les modalités d’évaluation
– la nécessité de développer l’esprit critique et l’autonomie des apprenants.
Ces interventions reposaient déjà sur mes quatre principes :
une approche centrée sur l’humain,
une responsabilité partagée,
la transparence des usages et le développement d’une veille collective.
Pour prolonger les formations, j’ai conçu des guides permettant aux formateurs de retrouver les notions essentielles et d’expérimenter les outils de manière autonome.
Ces supports associaient des explications simples, des exemples de demandes, des pistes d’usages pédagogiques et des avertissements concernant les limites de l’IA.
La production de ces ressources répondait à un objectif de transfert :
permettre aux participants de dépasser la simple découverte réalisée pendant la formation et de commencer à intégrer progressivement certains usages dans leur pratique.
Vous pouvez télécharger un guide ici, même s’ils ne sont plus à jour du fait de l’évolution très rapide des outils d’IA